04-PHILÉMON ET BAUCIS

March 12, 2026
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Transcription :

[Musique]
[Voix féminine]
Philémon et Baucis. 
Vous allez lire l’histoire d’une métamorphose, celle d’un couple uni : Philémon et Baucis. 

Pour bien comprendre ce récit, il faut savoir que le roi des dieux, Jupiter, se rend en Grèce avec son fils Mercure, messager ailé des dieux. Tous deux ne souhaitent pas être reconnus. Ils ont donc pris l’apparence d’hommes ordinaires. Mercure a cependant conservé son caducée, une baguette de bois sur laquelle deux serpents sont enroulés.

[Musique]
[Voix féminine]
Jupiter, le roi des dieux, visite une région de Grèce. Il a pris l’apparence d’un homme. Mercure accompagne son père. Il porte son caducée, mais il a déposé ses ailes. Tous deux se rendent dans mille maisons pour demander à être hébergés et à pouvoir se reposer. Mille maisons se ferment à double tour devant eux, sauf une seule qui les accueille. Elle est toute petite et son toit est fait de paille et des roseaux des marais. 
C’est dans cette maison que Baucis, une vieille femme très attachée à respecter les dieux, et Philémon, aussi âgé qu’elle, se sont mariés quand ils étaient jeunes. C’est dans cette maison qu’ils ont vieilli ensemble, se disant que leur pauvreté n’avait pas d’importance et en la supportant sans ressentir d’injustice. Ne cherchez pas : il n’y a pas de serviteurs chez eux. Ils sont seuls tous les deux pour s’occuper de leur maison. Ils font tout : ils donnent des ordres et les exécutent eux-mêmes. 

Dès que Jupiter et Mercure entrent dans la modeste maison en courbant la tête pour passer la porte étroite, Philémon les invite à se reposer en s’asseyant sur un banc sur lequel Baucis, en hôtesse attentive, vient de disposer un tissu grossier. Elle rassemble ensuite les cendres encore tièdes dans la cheminée, ranime le feu de la veille en l’alimentant avec des feuilles et des écorces sèches et ravive la flamme rien qu’avec son souffle de vieille femme. Elle y ajoute des branches sèches qu’elle arrache du toit de la cabane et les place sous un petit chaudron. Elle épluche les légumes que son mari a cueillis dans leur potager bien arrosé. À l’aide d’une fourche à deux dents, elle décroche un morceau de lard suspendu depuis longtemps à une poutre noircie par la fumée. Elle en coupe un petit bout et le met longtemps à bouillir pour le ramollir. 

Puis Philémon et Baucis discutent avec leurs hôtes pour les faire patienter en attendant le repas. Un seau en bois de hêtre, était accroché à un clou par son anse courbée. On le  remplit d’eau tiède pour réchauffer les pieds des voyageurs. On a tiré le lit au milieu de la cabane : son matelas est fait d’herbe tendre des marais. Son cadre et ses pieds sont en osier. Le couple le couvre d’un tissu qui ne sert d’habitude qu’aux fêtes solennelles. En réalité, ce n’est pourtant qu’un vieux drap usé, tout à fait approprié pour un lit en osier. Les dieux Jupiter et Mercure s’étendent sur ce lit. 

La vieille Baucis, qui a retroussé sa robe pour travailler, installe la table de ses mains qui tremblent. Mais l’un des trois pieds est trop court : elle le cale avec un morceau de vase cassé. Elle essuie ensuite la table, désormais stable, avec des feuilles de menthe verte. Elle y place des olives noires et des olives vertes, don de l’honnête Minerve, déesse de la sagesse, qui a montré aux hommes comment les cultiver. Elle y ajoute des courges d’automne marinées dans du vinaigre, de la chicorée sauvage, des radis, du fromage frais et des œufs qui ont cuit tout doucement dans la cendre chaude, le tout dans des plats en argile. Elle y dépose ensuite une carafe faite de la même matière. En argent ? Mais non en argile. Et des gobelets en bois de hêtre dont l’intérieur est enduit de cire jaune.  Très vite arrivent les plats chauds préparés dans la cheminée, ainsi que du vin qui n’a pas eu le temps de vieillir et que l'on pousse  pour faire de la place pour la suite. Dans des paniers, voici des noix, des figues mêlées à des dattes ridées, des prunes, des pommes parfumées, des grappes de raisin cueillies dans des vignes aux feuilles pourpres d’un rouge violet et, au milieu, un éclatant gâteau de miel. Mais par-dessus tout, il y a les visages bienveillants de Philémon et de Baucis, leurs attentions, leur générosité.

Au cours du repas, Philémon et Baucis s’aperçoivent que la carafe, dès qu’elle est vide, se remplit toute seule et que le vin revient sans cesse comme s’il jaillissait d’une source. Surpris, ils sont saisis par ce phénomène extraordinaire. Les mains levées vers le ciel, ils se mettent à prier, emplis par la crainte des dieux. Ils leur demandent pardon pour ce maigre repas mal préparé. Ils n’ont plus qu’une oie, une seule qui garde leur toute petite maison. Ils décident de la tuer pour l’offrir en sacrifice à leurs invités divins. Mais la bête, qui va vite avec ses ailes, fatigue ses maîtres qui, eux, vont lentement à cause de leur âge. Elle leur échappe longtemps. Elle finit par se réfugier auprès des dieux eux-mêmes, auxquels on veut la sacrifier. Mercure et Jupiter interdisent qu’on la tue. « Oui, nous sommes des dieux disent-ils. Vos voisins, qui ont manqué à leurs devoirs envers nous, vont être punis par un châtiment bien mérité. À vous seuls, nous accordons d’échapper à ce malheur. Quittez à l’instant votre maison, venez avec nous et marchons ensemble vers le sommet de la montagne. » 

Philémon et Baucis obéissent. Ils suivent les dieux en s’aidant de bâtons qui leur servent de cannes. Ralentis en raison de leur grand âge, ils s’efforcent de gravir la longue pente de la montagne. Ils se trouvent encore loin du sommet, à environ la distance que peut parcourir une flèche en plein vol, quand ils se retournent. Ils voient alors que toutes les maisons ont été submergées par les eaux des marais, sauf la leur. Ils sont stupéfaits et se désolent de ce qui arrive à leurs voisins. Tout a disparu. Ils cherchent le toit de leur maison chérie : c’est la seule à ne pas avoir été engloutie. Et voilà qu’elle est transformée en temple. Leur vieille bâtisse, petite même pour deux. Des colonnes remplacent les grossiers piliers en bois, la paille retrouve sa couleur jaune, le toit apparaît orné d’or, la porte magnifiquement sculptée et le sol couvert de marbre. 
C’est alors que Jupiter s’adresse à eux d’une voix bienveillante : « Dites-moi, que vous souhaitez tous deux, toi, vieil homme honnête, et toi, son épouse, honnête vieille femme. » 

Philémon échange rapidement avec Baucis et révèle aux dieux leur décision commune : « Nous souhaitons vous servir et surveiller votre temple. Puisque nous avons vécu unis toutes ces années, nous aimerions aussi mourir en même temps. Que jamais je ne voie le bûcher funéraire de ma femme et qu’elle n’assiste jamais à mon enterrement. » 

Leurs vœux se réalisent. Ils deviennent gardiens du temple des dieux aussi longtemps que dure leur vie. Un jour, fatigués par les années et par l’âge, alors qu’ils se tiennent debout devant les marches du temple et racontent à des voyageurs l’histoire de ce lieu, Baucis voit Philémon se couvrir de feuilles. Et le vieux Philémon voit Baucis se couvrir de feuilles également. L’écorce gagne leur visage, mais tant qu’ils le peuvent encore, ils se disent adieu. Puis ils s’écrient en même temps : « Toi avec qui j’ai partagé ma vie ! » 

À cet instant, des branches s’entrelacent autour à leur bouche et la recouvre.
[Musique]

 Infos

  • Added by: éduscol DGESCO
  • Speaker(s):
  • Updated on: March 12, 2026, 3:57 p.m.
  • Channel:
  • Type: Podcast
  • Main language: French